22 janvier 2008
Perspectives professionnelles
Il y a deux ans, alors que mon congé de maternité se terminait, la perspective de reprendre le poste que j’occupais avant la naissance de mon bibou ne m’enchantait pas du tout.
Je m’ennuyais toute seule dans mon bureau de 8h à 17h. L’ambiance de travail n’était vraiment pas terrible. Et j’étais bien loin de l’idéal de carrière professionnelle que j’avais avant mon entrée en fonction 3 ans plus tôt.
Alors après plusieurs semaines de prospections et deux entretiens afin d’essayer de décrocher un poste ailleurs, j’avais décidé de reprendre une formation dans un autre secteur où j’espérais trouver un nouvel épanouissement professionnel. Et puis aussi des réponses à certaines questions…
Je m’étais inscrite à une formation pour devenir conseillère conjugale…
Parce que je voulais exercer un métier utile et social où l’individu occupe la première place.
Parce que je trouvais, et je le pense toujours d’ailleurs, que les relations de couple constituent un domaine de réflexion passionnant.
Parce que je pensais que cette formation m’aiderait à mieux comprendre les difficultés que notre couple traversaient.
Et puis aussi parce que pratiquement, c’était une formation assez facilement accessible : un jour de cours par semaine de 8h30 à 17h30 pendant 3 ans et demi + quelques weekends, un droit d’inscription peu élevé, à seulement quelques kilomètres de chez moi… J’avais même droit à un régime de congés supplémentaires pour pouvoir suivre ce cursus…
J’avais donc effectué les démarches nécessaires auprès de mon employeur, averti mes différents responsables de mes projets et je me suis rendue à la première journée de cours convaincue que cette formation répondrait à toutes mes attentes et même plus…
Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ai pris conscience, après interventions des différents professeurs dispensant la formation, qu’une grande partie des cours (du premier module, je ne sais pas ce qu’il en est pour les suivants) consistaient à des échanges et discussions de groupe où chacun devait prendre la parole… S’exprimer, communiquer, s’affirmer, défendre son point du vue… des compétences qui me faisaient totalement défaut et que je ne me voyais pas acquérir en quelques mois. C’était pourtant parfaitement logique, compréhensible, normal, voire indispensable qu’il faille apprendre à s’exprimer devant autrui avant de pouvoir exercer ce métier mais que je n’y avais malheureusement pas réfléchi une seule minute… C’était absurde… J’avais été stupide… Je ne me voyais absolument pas commencer une sorte de thérapie de groupe… Parce que au vue de cette première journée, ça me semblait ressembler à ça… Je me trompais sans doute mais en tout cas, ça ne ressemblait pas à ce que je pensais trouver… J’allais devoir raconter mes problèmes de couple à 40 personnes que je ne connaissais pas et inversement… Je ne me voyais pas m’exprimer, prendre la parole, partager un vécu personnel intime et confidentiel avec de parfaits inconnus. Je n’y arriverais pas, c’était certain. C’était absolument inconcevable. A cette époque, je n’imaginais même pas que je puisse le faire avec un psy, un seul inconnu, alors l’idée de devoir le faire avec 40 personnes, c’était absolument impossible. J’ai eu peur. J’ai décidé de ne pas poursuivre… J’ai abandonné, après une seule journée. J’étais terriblement déçue.
Mais j’avais eu aussi terriblement peur…
Peut-être que c’était mieux comme ça finalement ?
Trois mois plus tard, je postulais pour une nouvelle fonction au sein de l’ entreprise qui m’emploie et j’obtenais le poste. Ma première tentative de reconversion me semblait déjà loin derrière. J’espérais avoir trouvé un boulot qui me correspondrait mieux… Un poste que j’occuperais pendant de nombreuses années, tout comme la personne que je remplaçais…
Mais j’ai très vite constaté qu’entre mon idéal et la réalité il y avait un grand fossé…
L’ennui a très vite ressurgi avec en plus, un profond sentiment de solitude et des périodes de stress liées à certains impératifs quelques fois difficiles à gérer…
Je me suis dit que peut-être qu’avec le temps, j’allais voir les choses sous un autre angle, positiver, obtenir de nouvelles responsabilités, me découvrir des affinités avec la fonction que j’occupais… Après tout, j’avais déjà de la chance d’avoir un contrat à durée indéterminée dans un secteur proche de ma formation initiale, de travailler dans un environnement relativement agréable avec peu de contraintes horaires… J'essayais de me convaincre que ce n'était quand même pas si mal...
Ces derniers mois, j’ai réalisé que malgré tout, je ne pourrais jamais m’y sentir vraiment bien. Parce que j’ai d’autres attentes. Parce que j’aimerais vraiment exercer un métier qui me plaît, voire si possible qui me passionne. Parce que j’ai besoin de plus, de mieux, parce que je ne me vois pas dans dix ans faire toujours la même chose, m’ennuyer…
J'ai peur de l’ennui…
Cela fait déjà plusieurs mois que je réfléchis aux éventuelles alternatives qui me permettraient d’envisager mon avenir professionnel autrement…
Et bizarrement, l’idée de suivre la formation de conseiller conjugal s’est à nouveau imposée comme une possibilité. Enfin presque… On ne peut pas vraiment dire qu’elle se soit « imposée » parce que je ne suis pas sûre… j’ai toujours peur… Un tas de peurs qui me bloquent… qui m’empêchent de sauter le pas… L’envie d’exercer cette profession est toujours belle et bien présente. Ma passion pour les relations de couple aussi… Mais…
J’ai peur du changement. Changer de rythme professionnel et de rythme familial. Le premier module commencerait fin mars et mon petit bibou n’irait pas encore à l’école. Je devrais le faire garder un jour supplémentaire par semaine… Le cursus s’est quelque peu modifié depuis mon premier essai, il est maintenant dispensé sur 4 ans, avec des cours supplémentaires, y compris pendant les congés scolaires… Je serais beaucoup moins disponible pour mes bibous… Moins disponible pour mon employeur… Pour l’instant, dans les périodes difficiles, je peux facilement prester des heures supplémentaires… mais si je suis cette formation, ça deviendrait presqu’impossible… Je devrais changer mon horaire de travail… Je devrais sans doute un peu plus courir… changer mon organisation actuelle... Je ne sais pas si j’y arriverais… Je me sens déjà tellement débordée parfois… Je ne vois pas comment caser des cours et le suivi qui s’impose en plus… Faire des travaux, étudier… Et continuer à faire le reste…
J’ai peur de ne pas être à la hauteur. De ne pas y arriver. Aimer un domaine ne suffit pour en devenir un spécialiste… Peut-être que je suis trop sensible, que je manque de maturité, que je ne pourrais pas être impartiale, que je serais trop impliquée ? Sans compter que m’exprimer devant autrui relève toujours du défi pour moi… Un défi qui me semble par moment insurmontable… Mais surtout, peut-être que ma vision de l’amour et du couple est totalement incompatible avec cette profession ? Peut-être que je suis trop idéaliste ? Et puis, comment peut-on aider les autres alors qu’on n’est pas sûr soi-même de savoir où on en est ?
J’ai peur de ne pas faire le bon choix… de me tromper… de me rendre compte que finalement, non, ce n’était pas ce que je voulais… Que l’idée que j’avais de cette profession était loin de la réalité… J’ai déjà essayé une fois et j’ai fait demi-tour illico… Alors, je ne voudrais pas en revenir au même constat et m’apercevoir que j’ai fait deux fois la même erreur… Bien sûr, si je saute le pas, il faudra bien envisager cette possibilité… Être réaliste… et me protéger d’une certaine manière… Et si je choisissais cette formation pour de mauvaises raisons ? Parce que je m’ennuie dans ma vie professionnelle… Parce que j’ai besoin de nouveaux projets… Parce que j’ai d’une certaine façon peur du vide… Mais si je trouvais un autre poste dans mon secteur, peut-être que je verrais les choses autrement ? Ou bien, si j’occupais mon temps libre avec des activités qui me tiennent à cœur, peut-être que je pourrais envisager ma situation professionnelle plus positivement ? Je pourrais essayer de créer une asbl par exemple, ou bien reprendre des cours de musique, essayer d’écrire…
J’ai peur du regard des autres… Des réactions des autres si je leur apprends que j’ai décidé de suivre cette formation… Bien sûr, ce que pensent mes proches ne devrait pas avoir d’importance, après tout, c’est ma vie… Mais c’est quand même plus facile lorsqu’on est encouragé plutôt que désapprouvé… Je sais que certains désapprouveront… parce que je serai moins présente pour mes enfants, parce que j’ai déjà une situation professionnelle à priori confortable, parce qu’ils ne comprendront pas, parce que j’ai déjà essayé il y a deux ans et que j’avais dit que ça ne me convenait pas… Parce qu’ils me trouveront trop rêveuse, naïve et égoïste… et qu’ils me le feront savoir… Et qu’il pourrait y avoir des conflits…
Un tas de peurs qui me freinent… et qui me laissent croire qu’il y a trop d’obstacles, que je n’y arriverai pas…
Mais je me suis quand même inscrite… Les cours commenceraient le 20 mars. Lorsque j’ai téléphoné, on m’a dit que le nombre de places était limité et qu’il fallait remplir un dossier de motivation alors que je ne devrais pas attendre la dernière minute pour m’inscrire. Une fois sur place, on m’a dit qu’il n’y avait pas de dossier de motivation, mais comme j’y étais, j’ai complété mon formulaire d'inscription au cas où je me déciderais à y aller.
Ca fait deux séances que je réfléchis sur le sujet avec Bruno… et j’ai le sentiment de ne pas avoir avancé beaucoup… Je ne sais toujours pas ce que je ferai le 20 mars… Je sais que si j’y vais et que je réalise que je me suis effectivement trompée, une nouvelle fois, je n’arriverai pas à l’admettre et je poursuivrai malgré tout, au moins jusqu’à la fin du premier module… Je sais aussi que si je n’y vais pas, je serai soulagée de ne pas avoir pris de risque… et en même temps très déçue de ne pas avoir eu le courage d’affronter mes peurs…
Il me reste encore quelques semaines pour réfléchir… et décider…
